Devoirs et Droits de l’Homme

Que sont les droits de l’homme s’ils ne trouvent pas leur équilibre avec les devoirs de l’homme ?
Que sont devenues ces sociétés où les droits ont prévalu sans qu’à aucun moment on ne suggérât que leur légitimité et leur préservation indispensable ne reposait que sur le fragile équilibre entre protection et responsabilité individuelle ?
Et le plus grave est que l’on aboutisse aujourd’hui à la déliquescence de la conscience qui ne sait grandir que sur terrain responsable.
Alors pourquoi, vraiment pourquoi ces droits acquis durement ne permettent-ils pas d’avancer vers plus d’ouverture, de bienveillance, de conscience ?
Pourquoi les sociétés occidentales certainement mais aussi la société mondiale dans son ensemble perdent-elles leur force et leur capacité d’évolution ?
Sans doute parce que l’émergence nécessaire de ces droits issus d’une réflexion collective ne fut pas en revanche celle d’une progression individuelle ouvrant sur la notion capitale que si évolution il y a, alors elle est la somme des intelligences d’un groupe où chacun se penchant individuellement sur sa destinée participe à la montée en puissance des prises de conscience utiles au changement.
Les droits ne peuvent exister sans les devoirs, c’est la justesse qui veut cela.
Encore une fois, l’idée de la notion de devoirs est la résultante d’une conscience responsable se penchant sur le devenir humain.
Et c’est cette alchimie droits/devoirs qui donne toute sa légitimité à l’ensemble qui devient alors une force citoyenne individuelle en charge de sa vie devenue autonome mais soucieuse de celles des autres…
Mais qui est autonome de nos jours ?
Nous a-t-on enseigné qu’être adulte c’est être autonome et responsable ?
Nous a-t-on démontré à quel point l’estime est liée à la capacité de se déterminer en tant qu’individu libre de toutes dépendances quelles qu’elles soient, jusqu’à celles de l’état providence…
À quel moment avons-nous perdu le fil de notre auto-détermination ?
Quand nous a-t-on fait croire que nous n’avions besoin de rien d’autre que de travailler durement, et seulement pour la plupart subvenir aux moyens vitaux, et même tellement moins que cela ?…
Qui nous a fait perdre cet élan de vie dont nous sommes tous animés et qui permet à l’humain de se dresser vers le ciel ?
Hé bien, je dirais un travail de sape, comme un goutte-à-goutte insidieux. Une dévalorisation progressive, voulue, usante, une déshumanisation tragique, une perte du sens de la valeur d’Être et d’aimer, d’Être et de partager, d’Être et de faire société comme on crée un terreau fertile où poussent les Justes Relations Humaines comme les évidences d’une cordialité voyageant des uns aux autres et nourrissant ces humains si différents dans leurs us et coutumes, si proches par l’Être animant chacun partout dans le monde et ailleurs…
Un polissage, un élagage, un étêtement, un gavage d’idées reçues, d’idéologies effrayantes jusqu’à revenir à un état où de réflexion personnelle il n’y a plus, d’émergence innovante encore moins, de fulgurances inspirées n’en parlons pas !
Et ne croyons pas que les élites intellectuelles auto-proclamées échappent aux ravages de cette épidémie mentale plus dangereuse que tous les virus… qu’est-ce que la vie si elle n’est pas nourrie de transcendance ? Une mort à petit feu, une extinction du vouloir, une disparition de ce qui fait de chacun un potentiel d’évolution en résonance avec le souffle de nos Âmes grandes Inspiratrices de l’Humain lorsqu’il se vêt de la responsabilité nécessaire au cheminement de sa Conscience et qu’il agit ainsi non seulement pour son bien mais aussi pour celui de tout ce qui vit ici et ailleurs…
Nous sommes à la fin d’un cycle d’humanité, le Kali Yuga pour la tradition indienne.
Et cette fin qui précède toujours un début, un renouveau, est l’opportunité d’un Éveil. Celui-ci peut avoir lieu dès lors que l’on ne se laisse pas aspirer vers le bas et que l’on ne perd pas son potentiel d’auto-détermination, boussole incroyable qui nous mène exactement où nous avons le plus de chance d’être nous-mêmes dans un déploiement d’individuations rendant chacun unique comme une poussière d’or fusionnant dans une pépite et gardant pourtant son originalité princeps accroissant la valeur de ces dernières.
L’humain n’est pas fait pour être membre d’un troupeau où chaque individu est semblable à son voisin.
L’humain n’a pas été conçu pour suivre sans conscience des lignes de force établies par un pouvoir illégitime quel qu’il soit qui stérilise volontairement les champs de réflexion en y semant des idéologies asséchantes et si peu productives d’intelligence… Il n’y a qu’à écouter les chefs de file de ces pseudo élites qui monopolisent les idées et asservissent le mental…
À quel moment sont-ils vraiment tournés vers l’Humain et son devenir ?
Où et quand sont-ils suffisamment humbles pour s’effacer devant la grandeur de la destinée humaine ?
Que sont ces promesses faites au peuple que l’on traite comme une masse ignorante influençable et manipulable ?
Et quel est ce peuple qui se laisse brasser, retourner, balancer de droite et de gauche et qui ne sait plus qu’un peuple est la somme d’individus différents dont chaque particularité est essentielle pour l’enrichissement d’une entité à la fois une et brillant de ses multiples facettes ?
Commençons par exercer nos devoirs de citoyens conscients, avisés, reconnaissants.
Sentons-nous solidaires d’un cheminement où chacune, chacun, à terme trouvera sa place pour peu qu’elle, il, souhaite participer à l’aventure d’une expansion de conscience déterminante pour le parcours d’une humanité en quête de son Identité princeps.
La décadence des civilisations est due à la puissance des cycles qui imposent leur rythme et le renouvellement nécessaire à l’évolution… Malheureusement tout tourne en rond et autour de pouvoirs centraux qui gèrent les affaires du monde dont ils souhaitent s’accaparer les richesses, y compris humaines. Et ce n’est pas déplacé que de dire que l’esclavage a repris ses droits sous couvert d’évolution sociale et sociétale.
Prenons le temps d’y réfléchir.
Les droits ne sont qu’une conséquence vertueuse de la conscience absolue que tout commence à la connaissance d’un état de devoir qui vibre au plus profond de l’Humain.
Nous sommes nés « devoir » et cette faculté à saisir toute l’importance de cette valeur du don de soi pour l’humanité en chemin, ouvre aux droits qui sont la face cachée d’une médaille dont nous devons honorer les deux facettes… en commençant par la plus juste !
Mais comme, volontairement, on nous fait croire qu’il est primordial de commencer par les droits, alors l’ensemble du processus est perverti par un comportement devenu égoïste, infantile, quémandeur de bienfaits et passe-droits (!) dont l’issue est fatale pour celui qui ne prend pas conscience que tout cela est fait pour endormir la vigilance sous couvert de protection…
Entre droit et dû tout un chemin d’éveil de la conscience pour s’ouvrir aux dimensions d’une responsabilité dont la manifestation renforce la légitimité individuelle à participer de tout cœur à la vie d’une société où chacune et chacun à sa juste place œuvrent librement et de concert à la dynamique des échanges entre individus solidaires pour lesquels la notion d’égalité met chacun, au même titre, face à son devoir d’Être…
Tout est fait pour masquer la capitale importance de chacun.
Tout est fait pour embarquer l’individu dans un processus qui ignore la gratitude et les bienfaits qu’elle procure à celle, celui, qui sachant reconnaître le simple privilège d’être en mesure de confirmer son Humanité, se surpasse afin de (se) prouver qu’il est digne de la confiance que la Vie Une lui accorde…
Nous sommes avant tout redevables de la Vie qui coule en nous comme un sang royal dans un Saint Graal, et c’est un devoir de témoigner de cet honneur, d’en être le dépositaire et le responsable de sa manifestation.
Le devoir est la ligne de force qui porte loin la Vision de l’Humanité consciente de sa destinée hors du commun. Il est l’axe d’une vie tournée totalement vers l’oubli de soi contribuant à manifester l’Essentiel en hommage au Vivant qui nous anime chacun.
C’est ainsi que le devoir est la clef d’une porte ouvrant sur la liberté, l’égalité, la fraternité, parce qu’il enjoint celle, celui qui consciemment prend la mesure de son Humanité, à la vivre pleinement en majuscule de sorte qu’elle libère de l'humain minuscule toute la Lumière occultée jusque là ; c’est d’Elle que jaillissent les fondamentaux nommés plus haut qui sont autant les fleurons d’une République digne de ce nom que ceux d’une femme, d’un homme conscient de sa juste place, et pratiquant ces valeurs émanant de l’Humain qu’il est alors.
Ne nous leurrons pas il ne s’agit pas du devoir forcé accompli de mauvaise grâce ! Non ! Nous parlons ici du devoir souhaité, consenti, que l’on chérit parce que l’on sait qu’il mène à l’exaltante libération du moi, petit je envahissant prenant une place qui ne devrait plus être la sienne.
C’est cette usurpation qui de tout temps a fait prendre les vessies pour des lanternes. Exigence d’un ego assoiffé de pouvoir, se heurtant à ses manques, ses limites et semant le doute et l’envie dans un cœur asséché ne sachant pas aimer.
Pourtant quelle heureuse déclaration que celle des Droits de l’homme.
Quelle vision magnanime ont eu ses auteurs… c’est compter sans l’implication nécessaire de chacun pour faire vivre ce dessein généreux, respectueux, reconnaissant.
Mais si l’élément fondateur d’une conscience du devoir comme un étai qui soutient l’élan de vie n’est pas au rendez-vous de l’incarnation, alors tout part en quenouille, et c’est bien ce à quoi nous assistons ; tout ce qui constitue une société digne de ce nom, un ensemble de citoyens tournés vers le bien, une république honorant la civicratie (néologisme , civis et cratos en lieu et place de demos et cratos), bref une responsabilité assumée, tout cela est vide de sens parce qu’il manque l’essentiel… LA GRATITUDE !
Oui ! La reconnaissance exprimée de tout ce qui nous est offert dès la naissance, cette liberté de venir vivre une expérience certes difficile mais ô combien généreuse dans ce qu’elle propose de possibilités évolutives, et je n’évoque pas ici les conditions d’incarnation liées au Karma mais justement la capacité de les transcender, d’en faire un tremplin vers une expansion de toutes les qualités de l’Être présent en chacune, chacun, et c’est là que Liberté, Égalité, Fraternité s’expriment et trouvent leur sens…
En lieu et place d’un grand cœur ouvert sur la vie nous en arrivons à un ressentiment, une rancœur, une rancune nous rendant aigris, exigeants et retors, réclamant un dû plus qu’un droit, en nous plaçant en victimes plus qu’en défenseur tempéré des devoirs et des droits…
Honorons nos devoirs et les droits couleront de Source…
Entre Grand Cœur et rancœur il faut choisir !
Entre gratitude et manquement au devoir de reconnaissance il faut aussi choisir !
Bref nous vivons à présent dans un monde où seul le souffle inspirant de la gratitude engendrera le miracle de la Vie et de ses droits gratifiants jaillissant au centre du devoir accompli comme une bénédiction pour celle, celui, qui EST.
MR (2 février 2025)